Orgasme, pourquoi ce n'est pas si bien que dans les films ?

Catherine, vous avez eu envie de nous parler de ce sujet parce plusieurs patientes à vous vous ont posé cette question en vous disant que oui, elles éprouvaient du plaisir, des orgasmes, mais que ça n’était pas aussi bien que dans les films de fiction… Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

Ecouter la chronique du Dr Catherine Solano :

 

Catherine : Déjà dans un film, les héros sont très beaux, les vedettes sont très belles, très minces, toujours bien coiffées, même après la pire poursuite par des tueurs, elles ne se tordent jamais les chevilles malgré les talons, et leur maquillage ne coule jamais. Après 3 jours et trois nuits dans la jungle, elles sont fraîches comme des roses. Elles peuvent sauter du toit ou passer à travers une vitre sans se faire blesser, et l’amour, ça dure toujours très peu, mais ça paraît extraordinairement réussi. Et bien, je vais vous apprendre quelque chose, peut-être, tout ça est entièrement faux.Ça n’est jamais la réalité, ce n’est pas la vraie vie. C’est un fantasme mis en image. Et je ne parle même pas des films X, mais simplement des films normaux où il se produit une scène d’amour plus ou moins sexuelle. Si l’on voulait y ajouter les films X, je dirais que tout y est encore plus faux !

 

Claire : Mais on le sait quand même que c’est faux !

 

Catherine : Oui, on le sait, mais on se laisse tous prendre par les images des films. J’ai un jour vu un accident, un cycliste tomber, et bien, j’attendais qu’il se relève, comme dans les films. J’avais l’impression qu’il s’agissait d’une petite chute de rien du tout. En fait, il était blessé et ne se relevait pas et j’ai été voir et j’ai appelé le SAMU. Pourtant, j’ai moi-même travaillé au SAMU et j’en ai vu des personnes accidentées en vrai. Mais j’ai réalisé que mon jugement était faussé.

 

Claire : Pour le plaisir sexuel, nous avons donc des idées fausses ?

 

Catherine : Oui je pense. Beaucoup de femmes ou d’hommes sont déçus, même s’ils ressentent des orgasmes. Ils se disent : ce n’est pas aussi bien pour moi que pour les autres. Pour les autres, c’est le septième ciel, pour moi, c’est seulement le 1er ou 2ème ! En fait, l’idée qu’ils en ont vient de leur imagination nourrie par la fiction.
Dans la réalité, l’orgasme, cela peut, bien évidemment, être merveilleux. Mais parfois, c’est juste agréable, ou détendant, ou parfois, c’est même bof comme on dit. Mais c’est la vie, ça n’a rien d’anormal. Et c’est ainsi pour tout le monde.

 

Claire : Comment faire quand même pour que ce soit le mieux possible ?

 

Catherine : L’intensité de l’orgasme dépend déjà de la réaction physique. C’est-à-dire que plus l’excitation est élevée, plus l’orgasme dure longtemps et plus les contractions réflexes sont intenses. Au moment de l’orgasme, il se produit entre 3 et 12 contractions. Si avant cet orgasme, votre excitation était forte, ce sera plutôt 12 contractions et elles seront plus intenses. Donc pour éprouver davantage de plaisir, il faut savoir faire monter davantage l’excitation. Et l’excitation, c’est un élément qui se stimule autant par les contacts corporels que par le mental, les échanges de paroles ou l’imaginaire érotique pendant l’amour.

 

Claire : Le cerveau joue donc aussi un rôle important…

 

Catherine : Bien sûr, nous sexologues, disons souvent que le cerveau est le principal organe sexuel. Il joue un rôle essentiel dans l’orgasme. Quand il se produit un orgasme physique, c’est-à-dire des contractions involontaires rythmiques de la zone sexuelle, produisant chez l’homme une éjaculation, votre cerveau interprète ces sensations qui ont lieu dans la zone sexuelle. Et il peut les interpréter comme un immense plaisir, ou  comme une décharge de tensions, ou comme une déception (si c’est trop rapide par exemple chez un homme qui éjacule trop rapidement à son goût), comme un somnifère qui va l’aider à dormir, comme un cadeau que lui fait sa partenaire, comme une preuve d’amour, etc.
Donc la manière dont votre cerveau reçoit le réflexe de l’orgasme conditionne beaucoup votre sentiment à propos de cet orgasme.

 

Claire : Que faire avec le cerveau pour que cet orgasme soit le plus agréable possible ?

 

Catherine : il existe plusieurs niveaux de réponse à cette question. Il est possible d’activer l’imaginaire érotique pour faire monter l’excitation.
Il est aussi important de ne pas provoquer de tensions en attendant quelque chose qui n’existe pas, un orgasme idéalisé en quelque sorte. Au contraire, il est bien plus intéressant d’apprendre à observer, à ressentirce qui se passe dans notre corps. A savourer la subtilité des réactions physiques ou émotionnelles. Il faut apprendre, à mon avis, ce que l’on pourrait qualifier de pleine conscience sexuelle. Vous savez, c’est comme quand vous mangez ou que vous buvez. Si vous buvez du vin pour le goût de l’alcool, vous aurez peut-être un peu de plaisir. Si vous apprenez à différencier les différents vins, vous aurez davantage de plaisir à en boire, un plaisir plus subtil. Pour manger, c’est pareil. Vous avez plaisir à manger, à remplir votre estomac parce que vous avez faim. Mais vous pouvez apprendre à observer la subtilité des saveurs et apprécier la grande cuisine. Pour l’amour, c’est pareil. Vous pouvez apprécier le sexe vite fait bien fait, et vous aurez un peu de plaisir. Mais vous pouvez aussi développer un art sexuel, une sensualité érotique et là, vous repousserez les limites du plaisir. C’est me semble-t-il quelque chose qui s’apprend et non quelque chose qui vous tombe dessus par magie ! Et je pense que l’orgasme peut alors devenir mieux que dans les films…

0 Comments

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.
CAPTCHA
Cette question vous est posée pour vérifier si vous êtes un humain et non un robot et ainsi prévenir le spam automatique.